13/02/2004

Bande Dessinée: Le Goulag

En décembre 2003 est paru une BD qui pourrait plaire à un nombre de lecteurs: Le Goulag.  Le Goulag est le dixième tome d’une série intitulée Adler par René Sterne.  N’ayant malheureusement pas lu les 9 autres albums de la série, je ne pourrai que me prononcer sur celui-ci.  Dans l’univers gauchiste qu’est la BD franco-belge, il faut beaucoup de courage pour dénoncer le système génocidaire qu’était l’Union Soviétique.  Comme le montre la première planche, Sterne qui habite dans les Caraïbes n’a pas peur de la critique :

 

« … Après la Révolution Bolshévique d’octobre 1917 et au gré des caprices politiques d’épuration de ses dirigeants, l’Etat Socialiste Soviétique renforça et généralisa ce terrible système de répression… il fut appelé… le Goulag. (…)  Il était synonyme de violence, de terreur et de mort.  Entre 1917 et 1960 [commençant donc avant Staline et terminant bien après sa mort] 20 à 30 millions de personnes furent envoyés dans des centaines de Goulags éparpillés dans toute l’Union Soviétique (…)  Ils servirent, pour la plupart, de réservoir de main-d’œuvre bon marché pour les grandes réalisations Soviétiques  (…)  Ils furent aussi et surtout de terribles endroits de relégation et de mort (…)  Il y régnait une violence inouïe,  l’arbitraire le plus total  ainsi que le mépris absolu de la vie humaine.  Et si les camps Nazis on symbolisé l’extermination d’un peuple par un autre, le Goulag , lui a symbolisé la destruction d’un peuple par lui-même… »

 

Le ton est donc donné dès la première planche et le lecteur qui n’a pas lu les tomes précédents n’aura aucun mal à suivre le fil de l’histoire.

Si il est vrai que Le Goulag ne décrit pas en détail ce qu’était la réalité des camps de concentration Soviétiques, Sterne nous indique dans son introduction  que :

           

            « L’histoire que vous allez découvrir dans ces pages n’oserait prétendre rapporter ce que fut la terrible réalité du Goulag Soviétique.  Car, s’il représente une inépuisable source d’inspiration romanesque, ce qu’il a été dépasse de très loin toute fiction.  C’est donc intentionnellement que je suis resté à la surface des choses.  Ici le respect est donc de mise… Que les hommes et femmes qui en ont été ses victimes me pardonnent ma légèreté. » 

 

Le lecteur est donc prévenu, la BD n’est pas une réfutation intellectuelle de l’idéologie communiste et de ses conséquences naturelles.  Il s’agit ici d’un bande dessinée romanesque qui à néanmoins le mérite de traiter d’un sujet peu édité dans le milieu littéraire francophone.

 

Voici un petit résumé de la bande dessinée :

 

Fin de l'été 1951, un sous-marin soviétique de la Flotte du Pacifique rentre à sa base de Vladivostock après une mission secrète dans les Îles.  A son bord, enchaîné à sa couchette, Adler Von Berg, kidnappé par agents du MGB soviétique pour qu'il leur livre tous les renseignements qu'ils croient qu'il détient sur les circonstances de la mystérieuse disparition d'un de leurs agents, Mila Joukova (voir "La Force", tome 9). Emmené à Moscou pour interrogatoire, il risque fort d'être condamné à mort pour espionnage et sabotage au profit de l'Ouest.  Après être passé par le terrible tribunal de la Lubianka, il échappe de peu à l'exécution capitale.  Il est alors envoyé en camp de travail dans un des plus terribles Goulags de la Sibérie.Un de ces camps dont on ne revient jamais...

 

Sur le site officiel de René Sterne, on peu lire quelques articles de presse sur la bande dessinée : 

«Mon héros se débat dans une période particulièrement sensible. Dans l'immédiat après-guerre, les purges staliniennes ont été les plus radicales et les plus dures. Or, on parle très facilement des massacres perpétrés par les nazis mais on éprouve du mal à dire les horreurs du régime soviétique. Pas question de faire de la surenchère entre ces deux systèmes effroyables. Mais il n'y a pas de raison de se taire non plus.»

« Des rapides passages par l'enceinte, des zooms succincts sur certaines zones du camp, sur la condition de ces hommes travestis en bête de somme, constamment humiliés, ravalés au rang de choses dont on se débarrasse sans sourciller, permet encore de mieux cerner ce qu'a dû être l'existence de ces forçats placés en marge du monde pour des crimes souvent inexistants. Simplement parce que la terreur était l'arme choisie par le système en vigueur dans cet Etat géant, simplement parce qu'ils étaient tombés entre les mains de fous dangereux. »

 

Ou encore :

« En s'excusant par avance de traiter avec la légèreté de la BD un sujet aussi grave et dramatique que celui-là. Ces réserves, il les réitère en exergue de l'album terminé qui vient de paraître.   "Cette période de l'empire soviétique est l'une des plus noires de l'espèce humaine. Le sordide le dispute à l'inimaginable. J'ai lu des choses qui m'ont fait pleurer de dégoût. Les femmes étaient jouées aux cartes, les droits communs avaient pouvoir de vie ou de mort sur les prisonniers politiques. On n'y était rien. Dans les camps de concentration allemands, un juif restait juif. Dans le goulag, rien...", commente Sterne encore bouleversé.»

Le site propose aussi des EX-LIBRIS ainsi que quelques réflexions de l’auteur :

« … dans l'Union Soviétique et son Goulag, le mal est partout prêt à surgir au détour d'un compagnon de chambrée, d'un parent, d'un ami.   Plus de confiance, plus de famille, plus de Patrie (traîtresse, toujours), plus d'identité, plus de dignité, plus d'âme, plus rien... Pas de dossiers, plus de traces. Des plans politiques qui changent au gré des purges, des destitutions, des désaveux, des exécutions et des exécutions d'exécuteurs....   Des centaines de charniers anonymes, des massacres oubliés.   Des millions de déplacés ahuris d'avoir encore la vie sauve et qui ne savent plus par qui ni pourquoi ils ont été déracinés...  Alors que le Nazisme développait la négation d'une race par une autre, (se disant) supérieure, ici, on constate la négation totale de l'individu, de l'être humain...par lui-même. Il ne faut pas chercher loin le pourquoi de l'émergence des mafias et de ce total désespoir sans fond dans lequel croupissent maintenant les Russes.   Je me souviens de la réflexion que faisait un Moscovite quand il parlait de l'espoir en Ex-URSS.   Il disait: "Nous commençons à voir la lumière au fond du tunnel...celle d'un train qui vient vers nous à toute vitesse..." »




00:27 Écrit par Kathy Schmurtz et Had | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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