16/02/2004

La loi, argument pour bêtas!

Dans son émission « On ne peut pas plaire à tout le monde » diffusée sur France 3, Marc-Olivier  FOGIEL a, ce dimanche soir dernier, désiré donner la parole à un homme qui a vu son compagnon immolé par un groupe de jeunes (ces jeunes sont aujourd’hui en prison et ce probablement grâce à la politique efficace de Monsieur Nicolas SARKOZY, mais tel n’est pas ici notre propos). Ce jeune homme nous narre de manière émouvante les supplices que son compagnon et lui-même ont du endurer pendant près de deux ans : vol, incendie, insultes permanentes, menaces. Les jeunes hommes vivaient littéralement dans la terreur à tel point qu’ils n’osaient pas quitter leur domicile. Cependant ils n’ont jamais pensé que la terreur pourrait  atteindre le paroxysme qu’ils connaissent à présent : son compagnon est dans le coma en sorte qu’ils fêteront le 15ème anniversaire de leur couple à l’hôpital.

Soyons clairs, la seule raison pour laquelle FOGIEL a donné la parole à ce jeune homme est que le président de la République Française à, la semaine dernière, écrit une lettre qui a, doit-on vraiment le dire, été publiée,  dans laquelle il s’émeut de cette violence inspirée par l’homophobie et promet une réponse législative.

 

Les mots sont lancés : la loi comme moyen de calmer les foules, comme moyen de donner l’impression d’agir…

 

Pourquoi sommes-nous si critique ? La réponse est bien simple et nous nous étonnons qu’une personne comme Jacques CHIRAC qui a réussi ses études à l’Institut d’Etudes Politiques, qui a même suivi des cours d’été à l’université d’Harvard et qui de surcroît a été haut fonctionnaire ne reconnaisse pas l’inutilité manifeste d’une telle démarche.

 

Permettons nous de rappeler à tous ces imbéciles que des dispositions sanctionnant l’homophobie et toute discrimination, car c’est bien de cela dont il s’agit, existent déjà !

 

Cette affirmation paraît bien curieuse au regard de l’inflation législative que connaît notre petit royaume. Il nous semble indiqué de rappeler ici la teneur de quelques dispositions constitutionnelles.

 

Cependant, rappelons que l’article 10 de la Constitution énonce qu’ « Il n'y a dans l'État aucune distinction d'ordres. Les Belges sont égaux devant la loi (…) ». Comme si cela ne suffisait pas l’article 11 précise « La jouissance des droits et libertés reconnus aux Belges doit être assurée sans discrimination. A cette fin, la loi et le décret garantissent notamment les droits et libertés des minorités idéologiques et philosophiques ». L’adverbe « notamment », soulignons le, est un terme choisi délibérément.

Pourtant, nos politiciens dans un but purement électoraliste n’ont pas voulu voir dans cet article ce qu’impose sa clarté, à savoir le rejet de toute discrimination. Non. Ce serait évidement une occasion de plus de voir qu’ils ne servent à rien. Une fois de plus, ils croient bon d’encombrer notre parlement avec des débats qui n’ont pas d’objet. Nos démocrates – comprendre ici « amis de la démocratie » - estiment, vraisemblablement, que le principe de l’égalité ne s’applique qu’aux hommes à l’exclusion des femmes.

 

Vous ne croyez pas votre bellâtre ?

 

Nous vous renvoyons à la lecture de l’article 11bis, introduit par la loi du 21 février 2002, « La loi, le décret ou [l’ordonnance] garantissent aux femmes et aux hommes l'égal exercice de leurs droits et libertés, et favorisent notamment leur égal accès aux mandats électifs et publics (…) ».

 

C’est indubitablement sans appel…

 

Une question dès lors s’impose à tout être pensant : à quand l’article 11tertricies ? A quand l’article qui va enfin permettre de rendre justice aux accordéonistes masochistes aimant les tortues et les chaussettes trouées ? Quand va-t-on enfin protéger ces personnes qui ne sont pas comprises, car c’est cela qu’il faut comprendre, dans le genre humain car celui-ci est protégé tant au niveau national par les articles précités qu’au niveau européen par l’article 14 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) …

 

Sous l’emprise d’une même incohérence la loi du 24 mai 1994 tend, également, à protéger les femmes ; il est désormais « interdit que, sur une même liste des candidatures aux élections,
le nombre de candidats d’un même sexe excède une quotité de deux tiers du total constitué par la somme de sièges à pourvoir pour l’élection ». En langage intelligible il ne peut y avoir plus de deux tiers des candidats d’un même sexe au sein d’une liste électorale. Cette disposition, instituant une « discrimination positive », est risible à plus d’un titre. En effet :

-         Rien ne s’oppose au caractère unisexe d’une liste électorale ; s’il y a 15 sièges à pourvoir, il suffit que la liste ne contienne que 10 candidats

-         Imaginons que se crée le partis des hommes battus (par leur femme évidemment !), pourquoi, n’en déplaise à Kathy, la présence de femmes serait-elle nécessaire ? nous allons plus loin, pourquoi faudrait-il imposer aux victimes la présence de leurs bourreaux ? Les femmes ne trouvent absolument pas leur place au sein d’une organisation représentant les intérêts d’hommes battus.

-         Pourquoi vouloir remplacer une injustice passée par une nouvelle injustice ?

Nous aurions préféré une publicité négative et non une atteinte à notre droit à des élections libres, mais là encore il s’agit d’une question de valeur. Ce n’est qu’instituer un simulacre de démocratie de contraindre des personnes à choisir leur représentants en raison de leur sexe et non de leur compétence.

 

De manière surabondante rappelons que l’article 22 de la Constitution protège la vie privée et familiale et que l’article 8 de la CEDH consacre le droit pour toute personne au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance, le droit de toute personne d’entretenir des relations avec autrui dans le domaine émotif ou dans la vie professionnelle ainsi que le droit à l’intégrité physique et morale de l’individu. Il ne me semble pas lire à l’exclusion des homosexuels…

 

Ne nous méprenons pas, il n’est pas question ici de nier quelques droits que ce soit aux homosexuels qui ont toute ma sympathie - même si pour ma part seule Kathy est l’objet et sujet de mes phantasmes.  Nous nous bornons simplement à mettre en lumière l’évidence même : il existe des lois qui protègent les homosexuels et sanctionnent l’homophobie.

 

La seule solution est d’appliquer la législation existante et non de créer de nouvelles dispositions.

La loi n’est jamais qu’une atteinte à notre liberté individuelle, certains semblent l’ignorer. Le plus triste n’est pas que des personnes comme FOGIEL ou comme le jeune homme qui a témoigné de sa tragique histoire ne le sachent pas mais que CHIRAC qui le sait et qui, en tout état de cause, ne peut légitiment l’ignorer profite de cette ignorance et contribue même à sa propagation.

 

Il est encore plus rageant de constater que la plupart des faits reprochés, pour ne pas dire tous, à ce groupe de sauvages, ne jouissant qu’en immolant un homosexuel, constituent des infractions à notre droit pénal. Est-ce à dire qu’il faille créer des infractions propres à la protection des homosexuels. Faut-il, par exemple, instituer l’infraction d’injures exclusivement aux homosexuels ? Nous nous y refusons principalement pour deux raisons : d’une part tout groupe minoritaire ou non, significatif au non demandera à avoir son art 11bis et d’autre part ce faisant ils se mettent eux même en marge de la société.

 

Les lois du royaume s’appliquent à tous les sujets sans exception quoi que peuvent en penser nos polémistes, politiques et opportunistes.

 

                                                           Hadès


23:41 Écrit par Kathy Schmurtz et Had | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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